Bonjour Rav,
Je me permets de vous écrire car je traverse une situation qui me fait beaucoup souffrir.
Je suis juive, issue d'une famille juive pratiquante Séfarade. En revanche, je ne me définirai pas comme très croyante. Je vis davantage le judaïsme comme un héritage familial, culturel et historique. Je ne me vois pas devenir beaucoup plus observante ou croyante dans les années à venir et c'est important pour comprendre ma démarche.
Je suis en couple avec un homme non juif que j'aime profondément. Je suis bien consciente que d'un point de vue de la Halakha il aurait été préférable que je construise ma vie avec un Juif. Ce n'est pas ce que je viens remettre en question et souvent je me dis que ma vie aurait été peut être plus simple (ou pas).
Après des années de vie commune, d'attachement et de projets, quitter cette personne représenterait un bouleversement immense et un chagrin immense. J'ai du mal à comprendre quel sens cela aurait pour moi si de toute façon, je ne me destine pas à une vie religieuse plus exigeante.
Par ailleurs, étant une femme juive, mes futurs enfants seront juifs selon la Halakha. Je pourrais leur transmettre comme je peux, les inscrire dans une école juive si cela nous semblait possible, leur faire découvrir les fêtes, préserver le cacher...
Ce qui me fait souffrir aujourd'hui, c'est davantage le poids de ma famille et mes amis, qui m'ont déjà annoncés qu'ils ne viendraient probablement pas à mon mariage si j'épousais mon compagnon.
J’ai aussi l'impression de ne plus avoir pleinement ma place dans la communauté en raison de mon couple, ou d’être jugée, ce qui me donne envie de m’en éloigner alors que j’en suis très proche. J'ai parfois le sentiment d'être entre deux mondes et pleinement à ma place dans aucun.
Ma question n'est donc pas de savoir si un mariage mixte est idéal. Je connais la réponse.
Je voudrais plutôt savoir comment vivre spirituellement une telle situation lorsque l'on est déjà engagé dans une relation profonde et que l'on ne souhaite pas bâtir sa vie sur un idéal que l'on ne pense pas pouvoir vivre soi-même.
Comment trouver une paix intérieure sans avoir le sentiment de renier son histoire familiale, tout en ne sacrifiant pas non plus notre vie ?
On me dit souvent que je ne serais jamais heureuse dans ce cas ce qui me met dans un malheur profond et je n’en dors plus. Pourtant, j'ai le sentiment que le bonheur d'un couple dépend de nombreux facteurs et que chaque histoire est singulière. Il faut regarder notre vie et se demander comment avancer avec ce que l'on a construit et avec qui nous sommes.
J'aimerais beaucoup connaître votre regard sur cette situation. Je vous remercie sincèrement pour le temps que vous accorderez à ma question.
Bonjour,
J'aimerais vous dire, tout d'abord, que derrière votre question, je ne vois pas une personne qui méprise la Torah ou qui cherche à justifier ses choix. Vous ne cherchez ni à provoquer, ni à contester la Halakha ; vous cherchez simplement à comprendre comment vivre avec une réalité qui vous déchire et qui vous fait souffrir. Cela mérite d'être accueilli avec douceur et bienveillance.
Sachez une chose très importante : votre lien avec le peuple juif et avec Hachem n'a jamais disparu. Talmud Sanhédrin 44a. Même lorsqu'une personne s'est éloignée du chemin qu'elle aurait dû suivre, elle reste toujours précieuse aux yeux d'Hachem. La Torah ne regarde jamais un Juif comme quelqu'un qui serait perdu ou rejeté ; au contraire, elle attend son retour avec amour et patience. Yé'hezkel, chapitre 33, verset 11.
Cependant, il faut aussi avoir le courage de regarder la vérité en face. Vous me demandez comment retrouver la paix intérieure dans cette situation. La réponse est difficile à entendre, mais elle est importante : on ne peut pas trouver une véritable sérénité en restant dans une situation qui est en contradiction avec la volonté de la Torah. Yécha'ya [Isaïe], chapitre 48, verset 22 et chapitre 57, verset 21.
Non pas parce que Hachem chercherait à vous faire souffrir, mais parce qu'il existe une contradiction profonde entre ce que votre Néchama sait être juste et la réalité dans laquelle vous vivez aujourd'hui.
Vous décrivez, vous même et très justement ce sentiment d'être "entre deux mondes". Ce malaise n'est pas uniquement dû au regard de votre famille ou de votre entourage. Il provient aussi du fait que, malgré votre attachement à votre compagnon, une partie de vous reste profondément liée à votre identité juive et sait que le chemin que vous empruntez n'est pas celui que la Torah souhaite pour vous. Talmud Nédarim 9b.
Parfois, nous cherchons à apaiser une douleur en conservant ce qui en est la source. Mais une blessure ne peut réellement commencer à guérir que lorsque l'on accepte de retirer ce qui empêche la guérison. Yalkout Chimoni, Michlé, passage 961.
C'est pourquoi je ne peux malheureusement pas vous dire : "Continuez ainsi et vous trouverez la sérénité." Ce serait vous donner un espoir que je ne crois pas conforme à la vérité de notre sainte Torah.
Je comprends combien cette décision peut sembler impossible. Des années de vie partagée représentent une histoire importante, des souvenirs, des habitudes, des projets et un attachement profond. Personne ne peut demander de traverser une telle épreuve sans douleur. Ce serait manquer de sensibilité. Mais il existe des moments dans la vie où l'on doit avoir confiance dans le fait que Hachem ne nous demande jamais de renoncer à quelque chose sans préparer, avec encore plus de bonté, un chemin mieux éclairé.
Aujourd'hui, vous avez peut-être l'impression que quitter cette situation signifierait perdre votre bonheur. Mais parfois, ce que nous ressentons comme une perte immédiate est en réalité l'ouverture vers une vie plus alignée avec ce que nous sommes profondément.
Vous dites ne pas vous voir aujourd'hui dans une démarche de plus grande observance. Peut-être est-ce ainsi que vous ressentez les choses actuellement. Mais l'être humain évolue, les portes peuvent s'ouvrir à des moments inattendus, et il ne faut jamais décider de son avenir uniquement à partir de l'endroit où l'on se trouve aujourd'hui.
Le premier pas vers la paix intérieure consiste donc, à accepter l'idée de mettre fin à cette situation et à entamer un véritable processus de reconstruction. Ce chemin demandera certainement du courage, du temps et beaucoup de douceur envers vous-même. Mais c'est sur ce chemin que vous pourrez retrouver une cohérence intérieure entre votre cœur et votre lien avec Hachem. Talmud Chabbath 104a.
Je voudrais également vous dire de ne pas vous éloigner de la communauté juive. Même si vous avez ressenti de la peine ou du jugement, ne laissez pas cette petite épreuve vous couper de vos racines. Vous avez une place, vous êtes une fille d'Israël, et la porte de la Torah reste toujours ouverte. Ne voyez pas cette étape comme un échec ou comme une condamnation. Voyez-la comme un retour vers vous-même, vers votre Néchama et vers ce que Hachem attend de vous pour votre plus grand bien. Talmud Sanhédrin 44a.
Je prie pour que Hachem vous donne la force de prendre les bonnes décisions, qu'Il vous accompagne dans cette épreuve avec douceur et bonté, et qu'Il vous permette de construire, avec le temps, une vie remplie de paix véritable, de lumière et de bénédiction.
Pour discuter plus longuement de ce sujet, je vous invite à me contacter par le biais du service téléphonique - Question au Rav - tous les jours, de 09h30 [heure française] à 00h30. Depuis la France, au 01.80.20.50.00. Depuis Israël, au 02.374.15.15. Tapez sur la touche 2 pour le service Question au Rav. Tapez, ensuite, sur la touche 0 pour choisir un Rav. Après deux secondes ou dès que vous êtes invité à composer un code, tapez 04 après le signal sonore.
Qu'Hachem vous protège et vous bénisse.