Pour la première fois depuis l'expulsion de France et l'arrachage des pierres tombales, un témoignage écrit datant de l'époque des Richonim a été révélé, concernant le lieu de repos du « maître d'Israël », dont la trace avait disparu du regard des chercheurs.

Il figure dans le manuscrit Séder Haya'has (« Ordre de la généalogie »), dont une partie a été citée dans les Responsa du Maharchal : « En l'an 4865 [865], la lumière d'Israël s'est éteinte, la couronne de gloire est tombée, et il s'est couché auprès de ses pères à Troyes. »

Des cartes anciennes retrouvées dans les archives de France mentionnent le « Champ des Juifs », situé à proximité du rempart de la ville ; des vérifications menées sur le terrain ont permis de confirmer l'emplacement de l'ancien cimetière.

La semaine dernière, à l'occasion de la Hiloula (anniversaire du décès) du 29 Tamouz, des élèves de la Yéchiva Vizhnitz de Londres se sont rendus sur le site du cimetière et y ont célébré un Siyoum Massekhet (fête de l’achèvement de l'étude d'un traité talmudique). Des démarches sont désormais à l'étude en vue d'ériger un monument commémoratif, vers lequel pourront se rendre en pèlerinage les foules du peuple d'Israël.

Un mystère vieux de plus de neuf cents ans enfin résolu ?!

Parmi les feuillets d'un manuscrit ancien conservé à la bibliothèque d'Oxford, en Angleterre, a été récemment découverte une source ancienne et sans équivoque, attestant clairement que le maître d'Israël, Rabbénou Chlomo Yits’haki - Rachi Hakadoch - fut inhumé dans sa ville de Troyich (en hébreu), aujourd'hui Troyes, en France, à proximité des tombes de ses ancêtres. À cette découverte s'ajoutent des témoignages issus des archives françaises : des cartes anciennes indiquant l'emplacement du cimetière juif de la ville, ainsi que des vestiges retrouvés sur le terrain qui en ont confirmé l'emplacement.

Rachi naquit à Troyes en l'an 4800 du calendrier hébraïque (1040 de l'ère commune). Dans sa jeunesse, il partit étudier la Torah dans les Yéchivot d'Allemagne, puis, de retour dans sa ville natale, il y répandit l'enseignement de la Torah au sein de sa propre Yéchiva et rédigea ses commentaires sur la Torah et sur le Talmud, jusqu'à son décès survenu le jeudi 29 Tamouz 4865 - il y a 921 ans -, comme le confirme également le colophon d'un ancien manuscrit de son commentaire sur la Torah, où il est écrit qu'il « fut enlevé à l'âge de soixante-cinq ans ».

À la fin de l'époque des Richonim, lors de l'expulsion des Juifs de France en l'an 154 (1394), les pierres tombales furent arrachées du cimetière de Troyes, et pendant des siècles, aucun Juif n'y vécut plus. Bien que les descendants des Juifs de France aient conservé la tradition selon laquelle Rachi avait été inhumé dans sa ville, diverses rumeurs se sont peu à peu répandues au fil des générations, prétendant qu'il aurait été enterré à Prague ou à Worms. Ces rumeurs ne provenaient d'aucune source fiable, et rien de tel n'était d'ailleurs connu dans ces communautés mêmes ; mais elles suffirent à semer le doute. Les chercheurs des générations suivantes prirent ainsi l'habitude d'écrire, au sujet de Rachi, que « le lieu de sa sépulture demeure inconnu ».

Cette découverte a vu le jour à l'occasion des préparatifs du voyage des élèves de la grande Yéchiva « Beth Israël » de Vizhnitz-Londres vers les tombes de nos maîtres Richonim en France, sous la direction du grand rabbin Rav Lévi Its’hak Hager, fils du Rabbi de Vizhnitz-Londres, petit-fils et bras droit du Admour de Kaliv. Dans le cadre de cette recherche, le manuscrit du Séder Haya'hsas (« Ordre de la généalogie ») des sages de France a été retrouvé à la bibliothèque d'Oxford. Ce texte, rédigé en France à la fin du cinquième millénaire hébraïque - quelques générations seulement après Rachi, alors que la communauté et le cimetière existaient encore à leur emplacement d'origine -, avait été partiellement cité dans les Responsa du Maharchal (paragraphe 29), mais c'est ici qu'il a été retrouvé pour la première fois dans son intégralité. L'écriture en est difficile à déchiffrer, et même les chercheurs qui l'avaient déjà examiné par le passé n'avaient pas remarqué la découverte majeure que recelait une seule ligne du texte.

Dans ses propos sur Rachi, l'auteur du Séder Haya'hass écrit en ces termes : « En l'an 4865, la lumière d'Israël s'est éteinte, la couronne de gloire est tombée, et il s'est couché auprès de ses pères à Troyes. »

Ce témoignage concorde avec les propos du petit-fils de Rachi, Rabbénou Tam, qui, dans le Séfer Hayachar (Responsa, paragraphe 16), désigne la ville de Troyes comme « la ville des tombes de mes ancêtres ». Toutefois, les propos de Rabbénou Tam ne permettaient pas, à eux seuls, de trancher la question de façon explicite, alors que le manuscrit ancien, lui, l'établit désormais sans ambiguïté.

À la suite de cette découverte, les personnes impliquées dans cette recherche se sont adressées aux historiens spécialistes de la ville de Troyes, qui œuvrent dans le cadre d'un organisme officiel mis en place par le gouvernement français, les autorités régionales et la municipalité. À leur grande surprise, il s'est avéré que, précisément durant la période récente, ces chercheurs avaient eux aussi découvert des sources issues d'écrits non-juifs datant de l'époque des Richonim, attestant elles aussi que Rachi avait été enterré à Troyes, ainsi que des cartes précises de l'emplacement du cimetière juif de la ville. Les chercheurs et archéologues locaux prévoient de publier officiellement les conclusions de l'étude ainsi que l'ensemble des découvertes après les fêtes prochaines, dans le courant du mois d'octobre, selon leurs estimations.

En effet, dans les archives de la ville et du département sont conservées d'anciennes cartes où figure explicitement une parcelle que les cartographes de la ville désignaient sous le nom de « Champ des Juifs », au pied du rempart de la vieille ville, à proximité du ruisseau de la Corde (Cordé). Les registres municipaux attestent que le cimetière fut détruit au XVIème siècle, et qu'avec le temps, un parking ainsi que des bâtiments publics furent construits à ses abords. La délimitation précise du site du cimetière - dont l'essentiel se trouverait peut-être justement sous le parking à ciel ouvert - devra attendre les conclusions des chercheurs, qui seront publiées, comme mentionné, en octobre prochain.

Des fouilles menées sur le terrain en 2021 ont mis au jour d'anciennes sépultures, confirmant ainsi l'emplacement du cimetière historique. On notera par ailleurs que, ces derniers mois, les institutions européennes ont déclaré les sites de mémoire liés à Rachi à Troyes site du patrimoine officiel.

La semaine dernière, précisément le jour de la Hiloula du 29 Tamouz, les élèves de la Yéchiva de Londres ont entrepris un voyage vers les tombes de nos maîtres en France, en signe d'honneur de la part de la Yéchiva pour l'assiduité et la fidélité dans l'enregistrement des heures d'étude tout au long de l'année.

Après la prière dans le mausolée des Ba'alé Hatossefot à Ramerupt (Ramrou, selon la prononciation française), où sont inhumés le Rachbam et le Rivam, et où résida également Rabbénou Tam, les élèves se sont rendus à Troyes, ville voisine. Ils y ont prié à proximité du site du cimetière où fut inhumé Rachi, et y ont célébré un Siyoum sur le traité Baba Batra, étudié à la Yéchiva.

Ainsi s'est accompli ce que Rachi lui-même écrit dans son commentaire (Yévamot 122a) : qu'au jour anniversaire du décès d'un grand homme, les érudits de la Torah se rassemblent chaque année et se rendent sur sa tombe pour y « établir une Yéchiva».

Dès l'hiver 5757 (1996-1997), le rédacteur en chef, le Rav Israël Friedman, avait entrepris un voyage documentaire historique sur les traces du lieu de repos de Rachi, aux côtés du Rav Israël Meïr Gabaï, président de l'association « Aholé Tsadikim » , ainsi qu’il a été rapporté à l’époque dans le supplément du Chabbath, du Yated Nééman. Lors de ce voyage avait été localisé, pour la première fois, l'emplacement de l'ancien cimetière de Troyes, à partir d'une carte ancienne conservée dans les archives françaises. Il s'était avéré que le somptueux bâtiment culturel de la ville avait été construit en bordure du site du cimetière, et que la rue attenante à cet endroit portait depuis toujours le nom de « rue du Grand Cimetière » - un témoignage muet conservé dans la mémoire des habitants du lieu.

Depuis lors, se dresse sur ce site un monument commémoratif, orné d'une lettre hébraïque Chine (ש) évidée de part en part, sur une sphère de marbre mi-noire mi-blanche — cette lettre Chine évidée étant reproduite dans le style de l'écriture dite « écriture de Rachi ». Le gouvernement français, qui voyait en Rachi un génie juif faisant la fierté de la France, avait pendant un temps illuminé l'espace vide de cette lettre au moyen d'un puissant rayon laser, projeté la nuit vers le ciel de Troyes sous la forme de la lettre Chine en écriture de Rachi ; mais ce dispositif mettait en danger la circulation des avions survolant la zone, et le projet fut abandonné.

À proximité du monument fut installé un panneau indiquant l'emplacement du cimetière de Rachi, l'endroit exact de sa sépulture demeurant, jusqu'à présent, seulement présumé. La découverte actuelle apporte pour la première fois à cette tradition une attestation écrite datant de l'époque des Richonim.

Le Rav Gabaï, qui avait pris part aux préparatifs et aux recherches savantes et s'est joint au voyage la semaine dernière, a rencontré lors de cette visite des avocats locaux ainsi que des représentants de la communauté et des autorités locales, en vue de faire progresser les démarches nécessaires à l'érection, sur ce site, d'un monument digne de Rachi Hakadoch - comme il se doit et convient - afin que les foules du peuple d'Israël puissent s'y rendre en pèlerinage et y prier pour le salut de la collectivité et de chacun.

Carte de la ville de Troyes à la fin du Xe siècle de l'ère commune, « à l'époque des ancêtres de Rachi », telle que dessinée par l'historien de la ville Pierre Piétresson de Saint-Aubin (extrait des recherches sur l'histoire de la ville de Troyes)

 

Une carte ancienne conservée dans les archives françaises, où figure explicitement, sous la plume des cartographes de la ville, la mention : « Champ ou cimetière des Juifs »

 

Le monument dressé sur le site de l'ancien cimetière juif de Troyes, orné de la lettre Chine (ש) en écriture de Rachi, signalant le lieu de repos de Rachi Hakadoch (photo : Studio OG, avec l'aimable autorisation de l'Office de Tourisme de Troyes)

Transcription de l’article de Israël Rozner (Yated Nééman) du mardi 21 juillet 2026