La parachat Réé s’ouvre par ces mots : « Vois, Je donne aujourd’hui devant vous la bénédiction et la malédiction » (Devarim 11:26). Le Gaon de Vilna pose la question suivante : que signifie « Je donne aujourd’hui » ? En effet, Hachem nous a déjà donné la Torah au mont Sinaï et nous a déjà promis les bénédictions destinées à celui qui observe la Torah et ses mitsvot. Le Gaon explique que ce verset parle de la téchouva. La Torah vient nous enseigner une nouveauté : ne pas penser, à D.ieu ne plaise, que celui qui peut revenir vers Hachem et se rapprocher de Lui est uniquement celui qui a grandi dès l’enfance dans la droiture, la piété et l’étude de la Torah, et qui, s’il chute, pourra revenir grâce aux mitsvot et aux bonnes actions qu’il possède déjà dans son bagage spirituel. On pourrait croire qu’un homme qui a grandi dans l’abandon, sans Torah, ni mitsvot, sans mérites dans son passé, ne peut pas accéder à la téchouva.

Le Gaon de Vilna explique : « Vois, Je donne aujourd’hui devant vous » – chaque homme, pris individuellement, peut aujourd’hui décider de prendre sur lui le joug de la Torah et des mitsvot et de se rapprocher d’Hachem. Car le texte dit bien « Je donne » : la Torah n’est pas un héritage figé, donné une fois pour toutes dans le passé. Même si un Juif décide aujourd’hui et déclare : « Je me transforme, je deviens un autre homme », Hachem l’accueille avec amour. C’est là le sens du mot « aujourd’hui », à l’image de ce verset : « Tu es Mon fils, Je t’ai engendré aujourd’hui » (Téhilim 2:7). Celui qui revient vers Hachem et change ses voies devient comme une nouvelle créature, comme s’il naissait à nouveau à cet instant. Tel est le grand prodige de la téchouva : tout homme, où qu’il se trouve, même s’il s’est éloigné, comme à l’autre extrémité de l’horizon, peut en un seul instant se rapprocher d’Hachem : un véritable émerveillement.

Le Rav ‘Haïm Palagi relève à propos de ce verset un détail remarquable : il passe, dans le même souffle, du singulier au pluriel – « Vois, Je donne » (singulier), puis « devant vous » (pluriel). Il en déduit un enseignement profond : nous lisons toujours la parachat Réé soit à Roch ‘Hodech Eloul, soit le Chabbat qui le précède, appelé Chabbat Mévarékhine. Or, « Réé » peut être lu comme l’acrostiche de « Réé, Eloul Higuiya » – « Vois, Eloul est arrivé ». La Guemara dans Yoma enseigne qu’un seul individu qui revient à Hachem par la téchouva peut influencer le monde entier : grâce à lui, une abondance accrue et des bénédictions nouvelles peuvent se déverser sur toute l’humanité.

Le Rav précise, à partir du verset : « Réé » – même si un seul homme décide, seul, de revenir vers Hachem, cela entraîne que : « Je donne devant vous aujourd’hui ». « Aujourd’hui », ce sont Roch Hachana et Yom Kippour. Cela signifie que, par le mérite de la téchouva d’un seul homme, Hachem dispense Sa bénédiction sur toute la collectivité et sur le monde entier. C’est le sens de « Je donne aujourd’hui devant vous une bénédiction ». Bien entendu, il existe aussi la voie de la malédiction, qui, à D.ieu ne plaise, survient lorsqu’il n’y a pas de téchouva. La Torah poursuit : « ête Habérakha acher tichméoun - La bénédiction, quand vous obéirez … ». Le Rav explique que le mot « ête » forme l’acrostiche de « Eloul–Tichri », ces moments que chaque Juif doit prendre très au sérieux, afin de profiter pleinement de ces jours et d’y trouver la bénédiction. Ainsi, il est assuré de mériter une année d’abondance et de grande aide Divine.

L’Admour de Karlin remarque que, si l’on réfléchit, on s’aperçoit que lors du Chabbat précédant Roch Hachana – le Chabbat Mévarékhine du mois de Tichri, on ne mentionne, ni ne bénit Roch ‘Hodech Tichri. Pourquoi ? L’Admour répond que cela montre que, lors du Chabbat Mévarékhine du mois d’Eloul, quand le chalia’h tsibour bénit le mois, nous avons également en tête le mois de Tichri, mois décisif où toute l’année est scellée : la vie ou la mort, la richesse ou la pauvreté, la souffrance ou la quiétude. Autrement dit, en ce Chabbat Mévarékhine de Roch ‘Hodech Eloul, se trouvent déjà en germe tous les décrets de l’année à venir ; la bénédiction de ce mois englobe la nouvelle année, et tout commence dès maintenant.

Le grand secret qu’il faut garder en mémoire est qu’il ne faut surtout pas attendre. Qu’on ne dise pas : « Il reste tant de jours jusqu’à Roch Hachana et Yom Kippour, pourquoi me hâter ? » ; Une telle pensée est une erreur grave et dangereuse. Car ces jours sont élevés et sublimes ; chaque instant y équivaut à l’éternité et peut transformer une vie entière. Mais ces jours précieux passent vite, et déjà résonne l’appel du Chir Hachirim : « La voix de mon Bien-aimé frappe : Ouvre-moi, ma sœur, mon amie » (Chir Hachirim 5:2). Hachem, notre Bien-aimé, frappe à notre porte à Roch ‘Hodech Eloul : « Faites-Moi une ouverture grande comme le chas d’une aiguille, et Moi Je vous ouvrirai des palais infinis ». Hachem vient à nous, Il nous supplie : « Je veux que vous fassiez téchouva, J’aspire à ce que vous vous réveilliez ».

Il est encore écrit : « Mon Bien-aimé est semblable à une gazelle ou au faon des biches » (Chir Hachirim 2:9). Que signifie cette comparaison ? Car « Mon Bien-aimé » désigne Hachem, et comment peut-on Le comparer à une gazelle ou au faon des biches ? Nos Sages révèlent un secret : de même que la gazelle peut se trouver tout près de nous à un instant, et l’instant suivant nous apparaître déjà très loin, à des kilomètres de distance, ainsi en est-il du mois d’Eloul. « Je suis à mon Bien-aimé, et mon Bien-aimé est à moi » : ce mois est un temps élevé et sacré, riche en mérites et en élévations. Mais il faut savoir qu’à présent le mois d’Eloul est devant nous, et dans un moment il sera déjà derrière nous. Celui qui ne s’y prépare pas et ne l’exploite pas subit une perte irréparable, véritablement une « perte volontaire ».

C’est pourquoi il faut tirer profit de chaque instant de ces jours saints. Hachem nous a donné une opportunité de quarante jours, durant lesquels nous pouvons nous préparer et nous renforcer jusqu’au jour du Jugement. Plus un homme s’efforce et se consacre, plus il a de chances de mériter une bonne année, avec la bénédiction et l’aide Divine. Les prières et les requêtes qu’il formulera pour l’année à venir seront agréées pour le bien, mais tout dépend de la préparation et de l’investissement. L’homme doit savoir et se rappeler que ces jours sont grands et sublimes ; s’ils sont perdus, la perte est immense et terrible.

Un Avrekh respecté raconta qu’un jour, à Ticha BéAv, il avait dû accompagner son fils à l’hôpital, situé loin de leur domicile. Or, il n’y avait pas de bus dans cette direction. Il tenta d’arrêter des voitures, attendit un quart d’heure et faillit se décourager. Il n’avait pas d’argent pour un taxi, pas de bus, et aucune voiture ne s’arrêtait. Faute de mieux, il se mit en route à pied. En chemin, il remarqua une voiture qui roulait en sens opposé. Le conducteur l’aperçut, lui fit signe et arrêta sa voiture. Avant même qu’il ait pu parler, le conducteur lui demanda : « Où devez-vous aller ? ». L’Avrekh répondit qu’il devait se rendre à l’hôpital, qui se trouvait pourtant dans la direction opposée. Aussitôt, le conducteur fit demi-tour, l’invita à monter, changea complètement son trajet et l’accompagna jusqu’à la porte même de l’hôpital.

L’Avrekh resta stupéfait : quel Juif plein de bonté, prendre ainsi quelqu’un spécialement, alors que cela ne correspondait en rien à sa direction, c’est quelque chose de tout à fait exceptionnel. Il dit au conducteur, émerveillé : « Tu m’as vraiment impressionné ». Le conducteur répondit : « Ne sois pas impressionné ». Puis il lui expliqua : « Sache que les médecins enseignent une règle : lorsqu’un homme veut se préparer à un jeûne, par exemple au jeûne de Ticha BéAv, s’il mange et boit beaucoup à la dernière heure, non seulement cela ne l’aidera pas, mais cela nuira même à sa santé. Ce n’est pas ainsi qu’on se prépare à un jeûne. Celui qui veut s’y préparer convenablement doit commencer plusieurs jours à l’avance : chaque jour, augmenter un peu plus sa consommation de nourriture et de boisson, de sorte que son corps devienne plus fort et protégé, et qu’il puisse traverser le jeûne dans la tranquillité ».

Le conducteur poursuivit et dit : « Si déjà pour un jeûne ordinaire c’est ainsi, qu’un homme doit se préparer à l’avance, à plus forte raison maintenant, alors que dans quelques semaines nous nous apprêtons à vivre le Jour du Jugement, où le sort de chacun est placé sur la balance. Celui qui, à la dernière minute, juste avant Roch Hachana, commence à se renforcer et à prier, certes, cela l’aidera, mais ce n’est pas la manière adéquate de se préparer. Celui qui veut réellement se préparer pour Roch Hachana doit commencer plusieurs semaines auparavant, en ajoutant chaque jour une bonne résolution, une mitsva, une pratique vertueuse. C’est pourquoi j’ai décidé que, dès à présent, je multiplierai les actes de bonté et les mitsvot, et que j’ajouterai de nouvelles conduites positives, afin de me préparer comme il convient aux jours redoutables et sublimes, ce qui n’est pas une chose simple ».

Durant le mois de Eloul, Hachem ouvre les portes et accueille chacun tel qu’il est. Mais le renouveau particulier de ce mois réside dans le fait qu’Hachem nous tend Lui-même la main. Il s’adresse à nous, descend jusqu’au peuple dans le champ, et se tient parmi nous en disant une chose simple : « Ouvrez-Moi une petite brèche ». Je vous désire, dit-Il, donnez-Moi seulement la main, et si nous la Lui tendons, nous nous retrouvons déjà dans un lieu meilleur, plus proches d’Hachem.

Bien entendu, tout au long de l’année également, si l’homme désire se renforcer, Hachem l’accueillera à coup sûr. Mais si, durant l’année entière, il faut fournir un grand effort pour parvenir à se rapprocher de Lui, dans le mois d’Eloul, par un simple acte, une bonne conduite ou même une chose toute simple, nous sommes déjà rapprochés de D.ieu. Car en ce mois, Hachem ouvre toutes les portes ; tout est ouvert, il ne reste qu’à entrer, et celui qui s’y prépare doit savoir qu’il mérite alors d’accéder à des trésors.

Le Rav Schwadron enseigne que l’homme doit recevoir de ce grand mois un encouragement et comprendre que, quel que soit son état, il pourra toujours se tourner vers Hachem. Le Rav raconte l’histoire d’un homme qui travaillait pour subvenir à ses besoins, et chaque jour il recevait un salaire de cent shekels. Son épouse l’attendait, prenait l’argent et sortait immédiatement acheter tout ce qui est nécessaire pour le foyer. Un jour, en terminant son travail, il avait un peu soif. En passant devant un débit de boissons, il aperçut une bouteille d’alcool fort. Il demanda au vendeur un verre qui coûtait dix shekels. Il le but et fut enivré par cette boisson qu’il trouva bonne et agréable. Alors il en redemanda un second, puis un troisième, et ainsi de suite, jusqu’à la dixième coupe, dépensant toute sa paie journalière.

Lorsqu’il reprit ses esprits, il se demanda : « Comment vais-je rentrer chez moi, et que vais-je dire à ma femme ? Elle ne me laissera pas entrer sans l’argent, et il est certain qu’elle me dira : Qu’as-tu fait ? Paresseux ! N’as-tu donc pas travaillé ? Va travailler ! » Dans sa détresse, il décida de se rendre chez son père pour lui demander cent shekels. Il était persuadé que son père aurait pitié de lui. Il alla le voir et lui dit : « Papa, je suis désolé et je regrette : voilà ce qui s’est passé. Peux-tu, je t’en prie, me donner cent shekels ? » Son père accepta et lui remit l’argent, mais il ajouta : « A condition que la prochaine fois, tu ne fasses pas de telles bêtises : ni boissons fortes, ni alcool ». Le fils promit, et il rentra chez lui avec l’argent reçu de son père.

Le lendemain, il repassa de nouveau devant le même endroit et se dit : « Cette fois, seulement un petit verre ». Il en but un, qui en entraîna aussitôt un second, puis un troisième… et à la fin, tout son argent s’était encore envolé. Il réfléchit longuement à ce qu’il pourrait faire et, une fois encore, il prit la décision d’aller chez son père. Lorsqu’il arriva, honteux, il lui dit : « Papa, je suis désolé, je n’avais pas l’intention de tout gaspiller, seulement cette fois… Pourrais-tu, s’il te plaît, me donner encore cent shekels ? » Son père, une nouvelle fois, l’avertit : « C’est la dernière fois ! Et que ce soit bien clair : je ne t’en donnerai plus ». Et de nouveau, il lui remit cent shekels.

Le troisième jour, cet homme se dit : « Il semble que je n’arrive pas à résister ; le mauvais penchant est plus fort que moi et je ne parviendrai pas à lui tenir tête. Je vais donc passer aujourd’hui par un autre chemin, afin de ne pas me retrouver devant cette boutique ». Il prit en effet une route complètement différente, et soudain, il aperçut devant lui un endroit illuminé et décoré avec éclat. Il demanda aux passants : « Quel est ce lieu ? » On lui répondit qu’on venait d’y ouvrir une taverne renommée pour ses boissons fortes et ses alcools, et qu’ils faisaient même une offre spéciale : les deux premiers verres étaient gratuits. Lorsqu’il entendit cela, il se dit : « Boire gratuitement ? Bien sûr que je vais en profiter ! » Il entra, but les deux premiers verres… qui, bien entendu, en appelèrent d’autres, encore et encore, jusqu’à ce que son argent disparût une nouvelle fois.

Que faire à présent ? Son père lui avait dit la veille que c’était la dernière fois. Comment allait-il maintenant oser se présenter devant lui ? Désemparé, il s’assit sur un banc au bord de la route et se mit à réfléchir à sa situation. Finalement, il décida de se couvrir la tête avec un vêtement qu’il avait dans son sac et de se rendre malgré tout chez son père, en espérant que ce dernier ne le reconnaîtrait pas. Arrivé devant la maison, il frappa à la porte. Son père ouvrit et lui demanda : « Qui es-tu ? » Le fils se mit à balbutier, hésitant et confus. Le père insista : « Que veux-tu ? » Et lui, d’une voix faible et presque éteinte, répondit : « J’ai besoin de cent shekels… juste cent shekels ». Bien entendu, le cœur du père s’émut de compassion pour son fils, et une fois encore, il lui remit cent shekels.

Le roi David a dit : « Prière d’un malheureux quand il se couvre » (Téhilim 102). Que signifient ces paroles ? Il arrive parfois qu’un homme se sente si pauvre et si dépourvu de mérites qu’il n’ose même plus demander. Il se dit avec confusion : « Jusqu’à quand pourrais-je encore supplier ? » Alors il s’enveloppe, il se couvre pour n’être pas reconnu, et il vient vers son Père qui est aux cieux, qui a pitié de lui. C’est cela que dit le verset : « Prière d’un malheureux quand il se couvre, et devant Hachem il répand sa plainte ». Le Rav Schwadron explique : lorsqu’un homme atteint un état où il n’arrive plus à se tenir devant Hachem, et qu’il ressent que D.ieu ne peut pas le voir dans sa nudité spirituelle, s’il se couvre d’un Talith et se présente devant le Créateur du monde en disant : « Je veux revenir vers Toi », alors Hachem l’accueille.

C’est là le véritable renouvellement qu’apporte la téchouva. Quel que soit l’état d’un Juif, s’il décide de revenir vers D.ieu et montre de la honte pour ses actes, s’il s’enveloppe dans un Talith comme pour dire à Hachem : « J’ai honte et je suis confus que Tu me voies tel que je suis », dès qu’Hachem perçoit ne serait-ce qu’un peu d’humilité et de soumission, Il lui dit aussitôt : « Viens, Je t’accueille, tout t’est ouvert ». Et alors il peut recevoir bien davantage que les cent shekels pour le fils ivrogne. Voilà le grand cadeau vers lequel nous avançons, avec l’aide de D.ieu : le cadeau du mois d’Eloul. Ce mois si précieux où il est possible de transformer toute notre existence et d’apporter du bien à l’univers entier, par une bonne résolution ou un seul changement de conduite. Bé’ézrat Hachem, efforçons-nous de saisir chaque jour et chaque instant de ce mois sacré, et Hachem répandra sur nous abondance, bénédiction et réussite, Amen.